Thierry Roland est mort

Il y a l'apparent plaisir de ces pères qui vont à la synagogue avec leurs fils. Il y a la gêne de la fille qui part de la boulangerie avec un sac plein de viennoiseries et qui n'arrive pas à dire au revoir tant elle a déjà la bouche pleine quand elle passe la porte. Il y a le marchand de fruits et légumes qui est en train de répartir les fraises pourries dans les barquettes. Il y a ce café où un type débarque en costard, prend une bière et montre les vidéos du concert de Johnny au patron.

Il y a Rock Collection qui est interrompue à la radio pour l'annonce de la mort de Thierry Roland.

"Deuil national", c'est ce que réclame le patron du bistrot. 

Il y a le petit vieux qui attend l'air hagard devant la boulangerie, l'Huma, le Figaro et le Monde dans les mains. On attendrait presque avec lui jusqu'à ce que la boulangère sorte, lui tende un pain au chocolat et lui arrache l'Huma des mains tout en lui disant "elle n'est plus là, vous vous souvenez?! Et puis ne lisez pas ça, vous allez encore vous énerver!" 

Il y en a des choses qui se passent entre 7 et 9h le samedi matin le long de l'avenue Secrétan...

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L'instant transport

Ça commence par un coup de coude, toujours. C'est à l'entrée du RER, comme s'il y avait une prime à celui qui va donner le plus de coups de coude. La prime, en l'espèce, c'est éventuellement une place assise.

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Trop bu hier soir

Trop bu hier soir, une présentation à 10h, rien de préparé. De l'orage dans l'air. Départ en retard, je saute dans le métro sans m'arrêter à ma boulangerie.

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Brève ferroviaire

Quand après 3h dans un insupportable TGV je me retrouve dans un vieux TER avec les sièges jaunis par le temps sur lesquels sont assis de vrais gens, c'est très reposant. La dame en face qui tricote un pull que sa petite fille aura du mal à apprécier, un problème de couleur...

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Grattoune le pou

Grattoune est né au moment le plus chaud de l’année et sa délicieuse enfance dorée n’était faite que de jeux. Il était tellement heureux quand il chatouillait discrètement Suzie !

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Du temps pour moi

C'est une des premières fois de l'année. Peut-être la première fois que je me pose la question d'ailleurs depuis plusieurs mois.

Il était très tôt, 1h plus tard la question ne m'aurait pas traversé l'esprit et je l'aurais sûrement regretté vers 19h ou en arrivant à Massy.

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Pazunabeille

Quand un enfant de 10 ans vous demande d'inventer une histoire en fixant les règles du jeu : utiliser les mots guêpe, chute et chou-fleur ainsi qu'un langage soutenu. Voici la genèse de la folle et (presque) véritable histoire de Pazunabeille...

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Ab acia et acu

Ce matin dans le métro, un indien s'est assis en face de moi. Il portait un sac qui contenait sûrement un ordinateur. D'une des poches de ce sac dépassait une bobine de fil blanc.

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Il me faut encore un nouveau classeur

En plein mois d'août 2014, alors que je réfléchissais à mon prochain achat photographique, hésitant entre deux reflex numériques Nikon 24x36, j'ai regardé un peu en arrière.

Et dans le rétroviseur plein de nostalgie, à l'abri d'une pluie battante dans la campagne bourguignonne, il y avait les odeurs entêtantes des produits chimiques, le cri venant de si loin enjoignant à ne surtout pas allumer la lumière, les photos ratées, si souvent, sans intérêt, forcément.

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Dans quelques jours...

Après quelques jours à n'en plus pouvoir d'entendre les sirènes retentir comme pour nous rappeler l'horreur, après quelques jours sonné, hagard, je n'arrive pas encore à mettre les mots comme d'autres arrivent si bien à le faire.

Je me raccroche pour le moment à ceux des autres, avant de trouver les miens. Dans les mots qui résonnent aujourd'hui plus encore que d'habitude dans mon esprit, il y a ceux de Libanios.

Et en réponse à ceux que j'ai entendus dire dès le Congrès que le lyrisme ne servait à rien, j'ai envie de laisser les discours grecs répondre. 

 « Qui n’aurait raison de haïr cette haine d’une si belle conquête, la rhétorique, que nous a donnée Hermès, dont la cité des Athéniens s’éprit et qu’elle diffusa partout après l’avoir nourrie, développée et illustrée ? C’est elle qui pallie la bassesse de naissance, masque la laideur, conserve la richesse, délivre de la pauvreté, suffit à sauver des cités, car elle est plus utile à la guerre que toutes les armes et plus forte dans les batailles que le nombre, quel qu’il soit, des combattants. Qui la maîtrise, souvent égale les devins dans la capacité de prévoir l’avenir ; car ce que leur est l’inspiration, pour lui, c’est la compréhension. Et l’on pourrait affirmer que seuls les hommes de culture sont vraiment immortels, mourant par nature, mais survivant en gloire. » 

 Dans quelques jours, à mon tour, je laisserai les mots glisser, comme ils viendront. Parce que l'on ne m'a pas appris la guerre, on ne m'a pas éduqué à la violence, on m'a transmis les mots, ils sont si importants. 

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Purée, j'aime les gens !

Mes mots ne glissent pas en ce moment, la faute au boulot, au Trésor, la faute aux terroristes, la faute aux anarchistes, la faute au temps qui ne se gâte pas assez pour que le vent nous dépose l'odeur des sapins dans les narines. Les mots ne glissent pas, ça sent le sapin. Ceux là sont faciles, de mots, de ceux qu'on jette sur une note avant de s'endormir, pour s'endormir.

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Dernière

C'est à cause du goût dans la bouche. Ce goût dégueulasse dont on s'imagine incapable de se défaire quand on rentre chez soi au petit matin et qu'on s'endort avant même d'avoir fermé les yeux.

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C'est ça le sujet

De ces petites réflexions qui m'étonnent suffisamment pour que j'en vérifie l'aplomb sans tarder. Alors je me saisis de mon téléphone et je regarde mes doigts glisser sur l'écran. Je ne les avais jamais regardés, ces deux pouces qui tapotent au rythme des mots, presque en canon.

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Le premier tiers du premier mois d'une bonne année

À partir de maintenant, j'attendrai toujours le 11 janvier pour présenter mes voeux. Question de statistiques. On peut vous expliquer que pour certaines opérations 2 patients sur 10000 périront dans le mois qui suivra le coup de bistouri, ça vous semblera tellement dilué que vous n'y prêterez pas vraiment attention.

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« Mais vas-y connasse, vas-y, suce ma bite ! »

L'auteur de cette formule fleurie est peut-être à ses heures un harceleur de rue, peut-être a-t-il un vrai problème qui lui fait penser qu'il peut s'adresser ainsi à la première venue. Mais en l'espèce, ce type d'une petite vingtaine d'années semblait surtout avoir un problème avec sa banque.
Je ne sais pas exactement ce qu'il avait à lui reprocher et la jeune femme au guichet ne me l'a pas dit ; je laisserai ici libre court à mon imagination.

Cela me conduit à d'autres histoires de services aux clients que je m'autorise ici à mettre en perspective avec celle dont je fus aujourd'hui témoin dans une agence bancaire dont je ne suis pour le coup pas même client.

J'attends un objectif en provenance de Corée. Le paquet a été remis à Séoul à Fedex. En 36 heures ce paquet passait des moments dans plus de pays que je n'en ai visités ces 12 derniers mois : Corée, Chine, Inde, Émirats Arabes Unis, France... 36h, peut être 48h, mais un temps record! Depuis jeudi matin 4h32 mon colis attendait à Roissy. La douane, sûrement, pensais-je. Le vendredi à 4h40 il était flashé au départ de Roissy pour être à nouveau vu par une machine à 7h18 à La Courneuve. Je comprenais que la livraison n'aurait pas lieu avant lundi, j'appelais Fedex et après 25 minutes de négociations mêlées d'attentes, j'obtenais finalement que mon colis soit traité de manière dérogatoire et déposé dès samedi matin à l'agence d'Haussmann. Ce qui a joué je pense c'est la lecture d'un tweet, imaginaire, que j'aurais pu être sur le point de poster. Même a l'oral, 140 caractères ça pèse.

Il y a aussi l'histoire de mes factures d'examens médicaux à l'APHP dans le cadre du don d'organe. Là j'avais usé de méthodes plus verbeuses mais le sujet est moins drôle quand même! En 2000 signes j'obtenais dans les 2 heures une réponse de Martin Hirsch, le sujet était traité par les services de l'APHP en 24 heures, alors que nous étions le 29 décembre et je recevais, pour la Saint Sylvestre, un courrier d'excuses de deux pages reprenant le dysfonctionnement à son point de départ.

Mais alors quel rapport entre mes échanges parfois taquins avec des services clients ou des comités de direction de haute voltige et cette phrase ignoble entendue dans une banque tout à l'heure ?

Certains verraient dans ce pathétique phrasé l'expression d'un sexisme ordinaire et ils auraient sûrement raison : l'insulte vient plus vite au bout de la langue quand elle est féminine. Et tout en le déplorant, tout en y voyant tout ce qu'il me semble important de combattre et de mépriser au passage, je m'inquiète surtout pour l'avenir.

Car ce type, là, il me semble évident qu'il espérait plutôt un découvert qu'une caresse sous la couette, peut-être venait-il de se faire avaler sa carte mais là encore il ne devait nourrir aucun espoir sexuel. Il a pourtant choisi de s'exprimer en utilisant, en prime, le sexe. C'est déprimant. 

Mais alors que se passera-t-il quand ce type là se retrouvera en maison de retraite ? Lui et ses copains du sexisme ordinaire, de l'insulte féminine un peu facile, eux, "qui parlent mal", et ne savent pas que les beaux mots sont plus utiles dans leurs batailles, dans les luttes incessantes que la vie leur demandera de mener ? Quand entrera dans sa chambrée un employé, une employée, qui lui demandera s'il a avalé ses pilules, croira-t-il qu'on veut le chambrer ? Répondra-t-il « mais vas-y connasse, vas-y, suce ma bite ! » ?

Non vraiment, l'éducation c'est important, on s'en reparle avant 2017 ?
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La tristesse de mon jamais

On aurait flingué l'orthographe. Je n'ai même pas lu un article de presse sur le sujet, déjà parce que ce n'était pas le jour, pour moi, à titre personnel ; mais aussi parce que de toute façon l'orthographe s'est fait descendre il y a sûrement très longtemps.


Il suffit de regarder sans grande attention ses mails professionnels, les miens en tout cas, enfin à l'époque où j'en recevais en tout cas. Moi-même, pour ne pas dire même moi, il m'arrive évidemment d'en faire. Alors le décès de l'orthographe, mouais.

Je continuerai à écrire "chauve-souris" parce que le trait d'union a son importance. Je continuerai à écrire "coûts" parce que sans accent ça n'aurait plus la même saveur. Je continuerai à demander à voix haute aux gens autour de moi en portant mon crayon à la bouche s'ils savent combien de f prend "nénuphar", même si la blague ne provoquera plus les mêmes sourires. Si c'était bien l'enterrement de l'orthographe, alors on dira que je n'ai pas eu le faire-part.

Et puis j'avais d'autres chats à fouetter, des espoirs à oublier, des rêves à enterrer, pour de bon eux. C'est peut être la seule bonne nouvelle finalement. Que jamais je ne me pencherai sur un manuel scolaire plein de fautes d'orthographe.

Jamais... De ces jamais dont la vie se remplit parfois, de ces jamais qui égratignent, sans faire semblant. Un de ces jamais avec lesquels il faut apprendre à vivre pour toujours, encore une fois.

Je ne serai jamais ton père. Toi que je rêvais un jour de photographier, dont j'aurais conservé une pellicule exposée au congélateur pour un jour t'apprendre à te développer toi-même. Je ne serai jamais ton père et tu ne feras jamais de faute d'orthographe. Il y a des amours qui ne peuvent pas se transformer, des amours faits pour durer, toujours, mais qui viennent avec leur lot de jamais.

Je ne collectionnerai jamais les immondices que l'école fait faire aux enfants pour la fête des pères. Je continuerai de penser à toi, ce toi qui n'a jamais existé mais dont la seule pensée me donnait toujours un peu d'espoir.

Me revoilà sur la branche morte de ma généalogie avec l'orthographe comme seul rempart de pudeur devant cette histoire si intime que je me demande bien pourquoi je la raconte. Je le regretterai peut-être, qui sait, quand les larmes sécheront, mais toi dont je ne serai jamais le père, tu resteras cette pensée, cette idée, tu seras toujours un regret.

De cet espoir si vif qui s'était remis en route ces derniers mois, je garderai deux photos pleines de sens et toujours cette incapacité à dire simplement combien ce jamais-là me rendra toujours triste. Le voisin écoute du classique, le piano sera mon somnifère ce soir, et puis en m'endormant je vais sûrement me rappeler d'une faute laissée dans ce billet, je m'en excuse, c'est l'émotion de savoir l'orthographe assassinée...

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Première classe (wagon de)

En temps normal, j'écris comme ça vient, en temps normal les mots me viennent alors que je prends le métro et qu'il y aurait eu une photo à faire. Cela ne me demande pas plus de temps que de poser mon œil sur le viseur et de déclencher, ce sont des mots et ils me viennent comme une envie de photographier.

En temps normal c'est pour me souvenir d'une scène, d'un moment, d'un instant, des personnages qui s'y présentent. Ce jour-là j'avais envie de photographier ce type qui ressemblait tant à Woody Allen.

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Roulent les gouttes

Il suffit parfois d'un tour du lac pour sauver une pellicule. En ce moment il y a mille choses que j'aimerais écrire, et puis, quand je saisis mon téléphone et ouvre une note vierge pour me lancer, rien ne vient ou presque, et puis le métro arrive à bon port, je me note mon sujet dans un coin de la tête. Là mes coins débordent. Il suffit parfois d'un petit tour du lac des Buttes Chaumont pour sauver une 36 poses ; mais alors, quelle serait la parade pour s'interposer entre la note vierge et moi?

C'était lundi dernier, le métro était bondé, le seul bruit qui accompagnait les cliquetis mécaniques, c'était celui des gouttes de sueur qui roulaient sur tous les fronts. J'étais perdu dans mes pensées, isolé dans la gentillesse qui m'a envahi depuis l'opération. C'est peut être hormonal, je n'en sais rien. Au même moment, comme pour confirmer cette invasion, un jeune effronté m'écrase le pied en me bousculant, son avant-bras nu s'appuie fermement contre mes côtes. Il étouffait ainsi les gouttes qui ruisselaient sûrement depuis ses aisselles en les imprimant sur mon costume. J'ai souri et murmuré un "c'est pas grave" à un type qui ne s'excusait même pas. Sûrement un effet du trop plein de gentillesse, la chaleur en viendra bien vite à bout. 

Le silence était relatif, la chaleur absolue, l'ambiance électrique. Elle pleurait. Appuyée contre la barre métallique ruisselante, elle parlait dans son téléphone, racontait en ravalant ses larmes combien il avait été salaud. Ses larmes de fatigue se transformaient en sanglots dopés à la colère. La colère contre un type qui l'avait traitée comme une moins que rien, ce sont ses mots, enfin ceux qu'elle prononce au creux de l'oreille de son interlocuteur dont la voix se fait entendre furtivement dans la conversation. Sa meilleure amie, sa sœur, sa mère ? Elle se confie à elle en tout cas, et à toute la rame au passage. Les regards roulent sur elle tandis qu'elle tente vainement de rattraper ses larmes avant qu'elles ne heurtent ses joues. Finalement la différence est à peine visible entre celle qui pleure et ceux qui suent. Les gouttes s'écrasent de la même manière. Moi je regarde amusé, je réfléchis aux mots que je n'aurais pas le temps de poser, à la photo qui est imprenable, la fatigue gagne, elle laisse éclater ses pleurs. Je tends un mouchoir à la pleureuse dont le feuilleton captive maintenant un auditoire conséquent. Elle murmure un merci et comprenant alors qu'un métro entier attend le dénouement de son histoire, elle termine rapidement et un peu gênée sa discussion. Barbès, le métro sort de terre, le silence se tait, les gouttes se condensent dans une odeur âcre, on ne saura pas ce qu'elle a répondu au prof qui lui faisait passer un oral, et moi je suis bientôt arrivé, je vais aller faire un tour du lac.

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Et puis il fallut encore plus d'amour

À partir de Tours, le train longe la Loire, le soleil est encore haut, il va être 20h bientôt, il tape à la vitre et ricoche dans mon œil droit. Je tourne la tête de l'autre côté, on voit les champs qui s'affichent en plein écran dans les vitres, bientôt les moissonneuses battront la campagne, le train est si calme, tellement silencieux. Les gens restent à leur place, comme l'a demandé le contrôleur avant le départ. Quel plaisir de ne pas faire ce trajet en TGV, de perdre près de 5h entre Bordeaux et Paris. Ça me rappelle les Nice-Metz de mon enfance, que je rattrapais à Dijon, en provenance de Vichy. Seules les voitures fumeurs ne font plus partie de ce paysage.

Une dépêche.

Je me suis demandé hier si l'on était toujours en mesure d'émettre un ordre de mobilisation générale. Puisque tout cela, tout ce gâchis de vie ne semble se produire que pour rendre chaque jour ce monde un peu plus fébrile, nous conduire toujours plus près de la faute, puisque l'irréparable a déjà été commis.

Au milieu des champs, la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. Dépêche donc, un ministre appelle les français qui le souhaitent à devenir réservistes. Je vois instantanément une vignette d'Astérix, une de celles qui ont fait le succès de la BD je suppose puisqu'elle fait partie des classiques. Ce légionnaire bandé de partout, édenté, une bosse sur le crâne, qui lance tout désabusé « Engagez vous qu'ils disaient, rengagez vous, vous verrez du pays » 

Aujourd'hui la réserve, demain la Marine, et après la mobilisation générale ? 

Le ciel est bleu, les champs s'étendent à perte de vue, les moissons ont déjà commencé par ici, on ne doit plus être très loin d'Orléans. Les Metz-Nice, remplis de militaires, les villes de garnison, le long arrêt à Dijon qui me permettait de ne pas rater la correspondance, j'achetais un paquet de Dragibus sur le quai, il m'en coûtait 5 francs. Ces trajets ont commencé il y a 22 ans environ, je m'approchais de l'adolescence, il n'y avait même pas encore eu les attentats de 1995. Nice ne m'évoquait pas grand chose à l'époque, pas comme aujourd'hui. Les Aubrais, il reste une heure, le soleil joue à cache cache, le coup de sifflet, le train repart. J'imagine les articles qui vont fleurir dès ce soir pour rejoindre ceux qui bourgeonnaient dès hier matin, ces articles qui expliqueront comment s'engager dans la réserve opérationnelle. J'imagine la Une du Figaro dans quelques jours ou quelques semaines quand on apprendra que tel ou tel candidat pour 2017 se sera engagé dans la réserve... J'imagine l'angoisse qui ne va cesser de croître dans les années à venir et j'ai envie d'un paquet de Dragibus.

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Les noisetiers de la rue André Danjon

Tous les jours je me dis qu'il me faudrait en prendre une photo. Je n'en ferai rien. Parce que je sais qu'elle sera toujours plus décevante que l'idée qui s'est installée ces dernières semaines dans mon esprit. Cette idée qui rend maintenant cette rue au demeurant sans intérêt si précieuse à mes yeux. On aurait des érables sycomores comme dans l'allée Darius Milhaud... On aurait pu laisser des chicots févriers déployer majestueusement leurs feuillages comme dans la rue Meynadier. On aurait pu tout aussi bien y mettre des platanes comme ceux qui bouchent dans la rue de Crimée la cicatrice de l'avenue moderne. Ces arbres-là sont si communs et pourtant j'avais oublié le plaisir d'en ramasser les fruits à la fin de l'été. J'avais oublié et puis un midi en repassant à la maison je me suis pris au jeu, j'en ai ramassé, quelques unes, pour voir. Mon butin posé sur la table de la cuisine, je me suis mis à chercher l'indispensable ustensile, sans succès, je me suis finalement aidé du chambranle de la porte.

Qui se rappelle de ce jeu sinon les quelques uns de son club de défenseurs que Google trouve presque par hasard ? En marchant le nez en l'air dans une rue sans intérêt de mon quartier, en laissant trotter dans ma tête ces quelques mots pendant ces quelques semaines, en profitant béatement des quelques minutes de marche qui me séparent du bureau, quand le chambranle de la porte a libéré l'amande et sa jumelle de leur coque, je me suis revu gamin, au pied des noisetiers de la maison de mes grands-parents, je me suis revu refusant le casse-noisettes, une pierre à la main en train de m'extasier sur une noisette et sa jumelle... Je me suis revu écoutant ma grand-mère m'expliquer que j'avais "fait Philippine", je me suis revu lui tendre la jumelle et oublier le lendemain matin de lui dire "Bonjour Philippine". Depuis quelques semaines, je rêvasse en voyant ces 9 arbres m'ouvrir le chemin du boulot, ils remplacent maintenant que je marche jusqu'au bureau les gens du métro dont je scrute parfois les regards, les sourires et les pleurs. Qu'ils sont beaux les noisetiers de la rue André Danjon...

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