Il me faut encore un nouveau classeur

En plein mois d'août 2014, alors que je réfléchissais à mon prochain achat photographique, hésitant entre deux reflex numériques Nikon 24x36, j'ai regardé un peu en arrière.

Et dans le rétroviseur plein de nostalgie, à l'abri d'une pluie battante dans la campagne bourguignonne, il y avait les odeurs entêtantes des produits chimiques, le cri venant de si loin enjoignant à ne surtout pas allumer la lumière, les photos ratées, si souvent, sans intérêt, forcément.

Si l'objectif était surtout pour moi d'exploiter pleinement mes vieilles optiques Nikkor, alors pourquoi dépenser 1500 ou 2000 euros dans un plein format numérique, pourquoi aller alourdir encore ma besace dont les montants de cuir commençaient déjà à fatiguer. Le choix, il sera fait autrement, quand à la fin de l'été je regagnais Paris, où je trouvais un autre avis qui allait m'imposer de ne pas engager cette dépense folle. Pourtant malgré toute l'affection que je porte à mon reflex Nikon, à ces vieilles focales qui l'accompagnent, malgré les impôts même, je continuais à glaner des informations sur les appareils qui me trottaient dans la tête depuis le début de l'été.

Et puis au détour de la lecture d'un article sur le Nikon Df, je me laissais porter de lien en lien vers des sites dont je n'aurais surement pas pousser la porte s'il n'avait pas fait un temps pourri au mois d'août, si le froid et la pluie ne nous avaient pas fait nous abriter à la fin du repas, si mon appareil n'avait pas été posé sur la table, si mes pensées ne s'étaient pas perdues dans une boîte à chaussures pleine de clichés oubliés.

En quelques minutes j'oubliais le Nikon Df, je regardais les formes séduisantes des boîtiers Nikon du dernier quart du 20ème siècle. Je lisais tout ce que je pouvais trouver sur le sujet, tout assuré que j'étais de ne pas m'en sortir d'appareils dont la simplicité apparente ne pouvait pas être complètement honnête. Le 1er septembre, je mettais une enchère sur eBay, un Nikon FM2, quelques jours plus tard, je rachetais une pile, quelques pellicules, et je partais me promener au marché des enfants rouges dans le marais.

Nous étions attablés pour un café et quelques tartines. C'était si simple. L'exposition, la mise au point, les gens autour, la mécanique et son bruit, des photos, des vraies photos que je n'allais pouvoir regarder de suite.

J'ai hésité, au début je pensais donner mes pellicules à un labo, leur demander de numériser les négatifs, j'imaginais que quelques heures après j'allais pouvoir récupérer des négatifs et des fichiers. Entre le tarif et le délai, j'ai préféré me replonger dans mes lectures, pour comprendre la suite du processus.

En fin de soirée, je commandais une cuve, des spires et de la chimie. Je buvais 3 bouteilles d'eau en quelques heures pour avoir de quoi stocker les solutions, je pesais les produits et l'eau pour avoir le dosage parfait. Et puis j'éteignais la lumière de la salle de bain. C'était un vendredi soir, je développais mes 2 premières pellicules noir et blanc. Et avant de m'endormir je regardais les négatifs à la lumière du néon, au-dessus de la baignoire.

Le lendemain matin, je commandais un scanner à film sur le site de la Fnac, je récupérais le paquet une heure après aux Halles, et après 15 minutes de marche, je branchais l'engin sur mon ordinateur. Et je scannais.

C'était il y a un an environ, depuis, j'ai scanné 130 pellicules. Le reste, c'est celle qui supporte le visionnage de tous ces négatifs avec un oeil amoureux qui s'en est occupée, à Noël, avec le M5... je me suis acheté une quinzaine d'appareils entre 5 et 50 euros, j'ai découvert qu'il valait mieux réfléchir dès le début à un astucieux système de classement, mon père a retrouvé son agrandisseur, la semaine prochaine, un moyen format doit arriver, un Mamiya 645, il va me falloir un nouveau classeur...

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