Purée, j'aime les gens !

Mes mots ne glissent pas en ce moment, la faute au boulot, au Trésor, la faute aux terroristes, la faute aux anarchistes, la faute au temps qui ne se gâte pas assez pour que le vent nous dépose l'odeur des sapins dans les narines. Les mots ne glissent pas, ça sent le sapin. Ceux là sont faciles, de mots, de ceux qu'on jette sur une note avant de s'endormir, pour s'endormir.

Il paraît que les gens s'aiment. Il y a ceux qui se tiennent à distance du statuaire, ceux qui veulent en toucher le soubassement, ceux qui se mettent en scène devant une bougie qu'Instagram aura tôt fait d'oublier, ceux qui tournent autour parce qu'ils font leur job, parce qu'ils sont flics ou journalistes. Il y a les gamins qui ne font même plus de skate autour, tous ces gens qui se retrouvent au pied d'une statue, une fleur à la main, comme une allégorie sublime de ces trois mots dont on peut parfois craindre qu'ils ne glissent plus assez. 

 « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité »

Je n'ai jamais aimé la purée. C'est une question de goûts, bien à moi, un truc qui m'oblige parfois à m'écraser quand on m'en met sous le nez. Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas où elle va me mener mon histoire de purée, ce sont juste des mots un peu faciles qu'on jette sur une note avant de s'endormir, pour s'endormir. 

Je regardais les pommes de terre au marché ce matin, en me disant que si je devais faire une purée pour quelqu'un, je ne saurais même pas quelle variété acheter. Quelles patates sont faites pour finir en purée ? Je n'en ai aucune idée. C'est qu'elles se ressemblent toutes en fait, sauf les vitelottes et les roseval mais là c'est facile, c'est une question de couleur. Rien ne me dit d'ailleurs que la purée serait moins bonne en couleur. J'ai quand même vérifié après le marché ce qui est inscrit dans les ingrédients des purées en flocons. "Pomme de terre (99%)". Je ne comprends pas vraiment ce qu'il y a dans l'ultime pour-cent mais une chose est sûre, ils ont juste écrit "pomme de terre". 

La place de la République depuis 15 jours elle me fait un peu penser aux étals des marchés sur lesquels on trouve les pomme de terre. A les regarder comme ça tous ces gens qui viennent sans vraiment savoir pourquoi, un peu comme moi, j'ai envie de me dire qu'ils se ressemblent tous avec leur concentré de tristesse, "Humains (99%)". 

Si les industriels peuvent nous tromper avec le centième flocon de leurs purées, les humains de la place de la République, eux, qu'ils soient vitelottes ou roseval, du Touquet, de Noirmoutier, ils nous montrent que l'innommable pour-cent qui reste n'empêchera jamais les mots de glisser.

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