Dernière

C'est à cause du goût dans la bouche. Ce goût dégueulasse dont on s'imagine incapable de se défaire quand on rentre chez soi au petit matin et qu'on s'endort avant même d'avoir fermé les yeux.

Au réveil c'est d'abord une grande satisfaction. Le portefeuille est toujours là, intact, les quelques pièces et ce billet enfouis négligemment dans une poche aussi. Et même ce paquet sur lequel on a du s'asseoir toute la nuit est là, écrasé. Il reste deux cigarettes dedans.

Je n'y ai pas pensé en fait. C'est vrai j'avais vachement réduit depuis quelques mois, j'y faisais super gaffe et puis il y a toujours une mauvaise raison pour reprendre de plus belle, toujours. Moi j'ai surtout plein de bonnes raisons d'arrêter. Elles tiennent en 3, 4 ou 5 lettres, elles sont nécessaires, importantes ou vitales, ce sont de bonnes raisons qui battent à plates coutures toutes les mauvaises, si molles, insignifiantes.

J'ai cru que j'avais un bouton de fièvre. Je passais la langue dessus, mécaniquement, en me disant qu'avant de partir il me faudrait me soigner. En fait c'était une brûlure de culs de mégots. C'est une histoire qui part bien en fait, les abus, l'alcool, les bonnes et les mauvaises raisons et maintenant ça parle même de cul. Ou pas.

Déjà 3 litres d'eau engloutis depuis le réveil. Il va être midi, on se retrouve pour déjeuner. Badoit. J'allume une cigarette, une des deux qui restent dans le paquet. Elle est tordue, ça lui donne un air ridicule, comme sur les messages de propagande "fumer provoque l'impuissance". Et ce putain de goût qui revient. Je ne mégote pas, j'écrase. Badoit. On déjeune, le goût s'en va, un verre de blanc, un verre de rouge, quelques sourires, quelques photos. Passe moi ton feu stp. C'est marrant elle n'a aucun goût cette clope, absolument aucun. Elle est cassée. Impuissante, fracturée, si vite écrasée.

Je ne jette pas le paquet. On m'en tend une, je l'allume, et ce goût qui revient. Entre mes doigts la tige se consume sans avoir l'occasion de me brûler les lèvres, je discute et la vois rétrécir entre mes doigts, elle disparaît bientôt, plus de fumée. Je roule le mégot entre mes doigts, le filtre s'échappe du papier, je jette le tout dans le cendrier. 

Je n'y pense plus. Je rentre le soir, je vide mon sac, les appareils photos, les pellicules, le paquet vide. Je ne le jette pas, je n'y pense pas. Une nuit passe, et là j'y pense.

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