« Mais vas-y connasse, vas-y, suce ma bite ! »

L'auteur de cette formule fleurie est peut-être à ses heures un harceleur de rue, peut-être a-t-il un vrai problème qui lui fait penser qu'il peut s'adresser ainsi à la première venue. Mais en l'espèce, ce type d'une petite vingtaine d'années semblait surtout avoir un problème avec sa banque.
Je ne sais pas exactement ce qu'il avait à lui reprocher et la jeune femme au guichet ne me l'a pas dit ; je laisserai ici libre court à mon imagination.

Cela me conduit à d'autres histoires de services aux clients que je m'autorise ici à mettre en perspective avec celle dont je fus aujourd'hui témoin dans une agence bancaire dont je ne suis pour le coup pas même client.

J'attends un objectif en provenance de Corée. Le paquet a été remis à Séoul à Fedex. En 36 heures ce paquet passait des moments dans plus de pays que je n'en ai visités ces 12 derniers mois : Corée, Chine, Inde, Émirats Arabes Unis, France... 36h, peut être 48h, mais un temps record! Depuis jeudi matin 4h32 mon colis attendait à Roissy. La douane, sûrement, pensais-je. Le vendredi à 4h40 il était flashé au départ de Roissy pour être à nouveau vu par une machine à 7h18 à La Courneuve. Je comprenais que la livraison n'aurait pas lieu avant lundi, j'appelais Fedex et après 25 minutes de négociations mêlées d'attentes, j'obtenais finalement que mon colis soit traité de manière dérogatoire et déposé dès samedi matin à l'agence d'Haussmann. Ce qui a joué je pense c'est la lecture d'un tweet, imaginaire, que j'aurais pu être sur le point de poster. Même a l'oral, 140 caractères ça pèse.

Il y a aussi l'histoire de mes factures d'examens médicaux à l'APHP dans le cadre du don d'organe. Là j'avais usé de méthodes plus verbeuses mais le sujet est moins drôle quand même! En 2000 signes j'obtenais dans les 2 heures une réponse de Martin Hirsch, le sujet était traité par les services de l'APHP en 24 heures, alors que nous étions le 29 décembre et je recevais, pour la Saint Sylvestre, un courrier d'excuses de deux pages reprenant le dysfonctionnement à son point de départ.

Mais alors quel rapport entre mes échanges parfois taquins avec des services clients ou des comités de direction de haute voltige et cette phrase ignoble entendue dans une banque tout à l'heure ?

Certains verraient dans ce pathétique phrasé l'expression d'un sexisme ordinaire et ils auraient sûrement raison : l'insulte vient plus vite au bout de la langue quand elle est féminine. Et tout en le déplorant, tout en y voyant tout ce qu'il me semble important de combattre et de mépriser au passage, je m'inquiète surtout pour l'avenir.

Car ce type, là, il me semble évident qu'il espérait plutôt un découvert qu'une caresse sous la couette, peut-être venait-il de se faire avaler sa carte mais là encore il ne devait nourrir aucun espoir sexuel. Il a pourtant choisi de s'exprimer en utilisant, en prime, le sexe. C'est déprimant. 

Mais alors que se passera-t-il quand ce type là se retrouvera en maison de retraite ? Lui et ses copains du sexisme ordinaire, de l'insulte féminine un peu facile, eux, "qui parlent mal", et ne savent pas que les beaux mots sont plus utiles dans leurs batailles, dans les luttes incessantes que la vie leur demandera de mener ? Quand entrera dans sa chambrée un employé, une employée, qui lui demandera s'il a avalé ses pilules, croira-t-il qu'on veut le chambrer ? Répondra-t-il « mais vas-y connasse, vas-y, suce ma bite ! » ?

Non vraiment, l'éducation c'est important, on s'en reparle avant 2017 ?
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