Et puis il fallut encore plus d'amour

À partir de Tours, le train longe la Loire, le soleil est encore haut, il va être 20h bientôt, il tape à la vitre et ricoche dans mon œil droit. Je tourne la tête de l'autre côté, on voit les champs qui s'affichent en plein écran dans les vitres, bientôt les moissonneuses battront la campagne, le train est si calme, tellement silencieux. Les gens restent à leur place, comme l'a demandé le contrôleur avant le départ. Quel plaisir de ne pas faire ce trajet en TGV, de perdre près de 5h entre Bordeaux et Paris. Ça me rappelle les Nice-Metz de mon enfance, que je rattrapais à Dijon, en provenance de Vichy. Seules les voitures fumeurs ne font plus partie de ce paysage.

Une dépêche.

Je me suis demandé hier si l'on était toujours en mesure d'émettre un ordre de mobilisation générale. Puisque tout cela, tout ce gâchis de vie ne semble se produire que pour rendre chaque jour ce monde un peu plus fébrile, nous conduire toujours plus près de la faute, puisque l'irréparable a déjà été commis.

Au milieu des champs, la centrale nucléaire de Saint-Laurent-des-Eaux. Dépêche donc, un ministre appelle les français qui le souhaitent à devenir réservistes. Je vois instantanément une vignette d'Astérix, une de celles qui ont fait le succès de la BD je suppose puisqu'elle fait partie des classiques. Ce légionnaire bandé de partout, édenté, une bosse sur le crâne, qui lance tout désabusé « Engagez vous qu'ils disaient, rengagez vous, vous verrez du pays » 

Aujourd'hui la réserve, demain la Marine, et après la mobilisation générale ? 

Le ciel est bleu, les champs s'étendent à perte de vue, les moissons ont déjà commencé par ici, on ne doit plus être très loin d'Orléans. Les Metz-Nice, remplis de militaires, les villes de garnison, le long arrêt à Dijon qui me permettait de ne pas rater la correspondance, j'achetais un paquet de Dragibus sur le quai, il m'en coûtait 5 francs. Ces trajets ont commencé il y a 22 ans environ, je m'approchais de l'adolescence, il n'y avait même pas encore eu les attentats de 1995. Nice ne m'évoquait pas grand chose à l'époque, pas comme aujourd'hui. Les Aubrais, il reste une heure, le soleil joue à cache cache, le coup de sifflet, le train repart. J'imagine les articles qui vont fleurir dès ce soir pour rejoindre ceux qui bourgeonnaient dès hier matin, ces articles qui expliqueront comment s'engager dans la réserve opérationnelle. J'imagine la Une du Figaro dans quelques jours ou quelques semaines quand on apprendra que tel ou tel candidat pour 2017 se sera engagé dans la réserve... J'imagine l'angoisse qui ne va cesser de croître dans les années à venir et j'ai envie d'un paquet de Dragibus.

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